Direction artistique PHQ4

La direction artistique de Photoquai change à chaque édition. Après Jean-Loup Pivin en 2007, Anahita Ghabaian en 2009, Françoise Huguier en 2011, c'est à l'Espagnol Frank Kalero, fondateur de Punctum Magazine, que cette mission revient en 2013.

Biographie

© Saul Tiff, tous droits réservés

Licencié en communication des médias à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, diplômé en photographie documentaire à l’International Center of Photography (ICP) de New York, Frank Kalero fait partie des artistes les plus innovants et les plus engagés du moment, notamment ce qui concerne l’organisation de projets liés à la création artistique contemporaine et le développement de plateformes d’échanges internationales pour les professionnels des arts visuels.

Frank Kalero a été résident à la Fabrica de Benetton (Italie), et a fondé et dirigé le magazine OjodePez (Espagne). À Berlin, il a cofondé la galerie d’art Invaliden1 et a créé en 2009 le magazine « The World according to » (« Le monde selon… »). Il est l’actuel directeur du magazine Punctum - magazine spécialisé dans la photographie pan-asiatique et basé en Inde - qu’il a fondé aux côtés de Lola McDougall. Il dirige également le nouveau rendez-vous incontournable pour les amoureux et les professionnels de la photographie documentaire de Barcelone : OjodePez Photo Meeting.  Ces trois dernières années, Frank Kalero a été le directeur artistique du festival photo GetxoPhoto.com (Bilbao, Espagne) et depuis 2011, il travaille en tant que manager en communication multimédia pour le NOVA – festival de cultures contemporaines – organisé à São Paulo et à Rio de Janeiro.  Actuellement, il fait partie de l’équipe de développement d’une plateforme en ligne pour les nouveaux médias, Screen, aux côtés de Liza Faktor, Jamie Wellford et Ivan Sigal.

Il prépare également le lancement de la version latino-américaine du magazine Punctum, en collaboration avec Estudio Madalena (São Paulo). En 2013, il participera au festival Paraty em Foco, organisé dans la ville de Paraty au Brésil.

Il est actuellement basé à São Paulo.

http://makingallhisnowhereplansfornobody.blogspot.fr/

PHQ4 : REGARDE MOI !

« Quand je me sais photographié, je me transforme en image.» écrivait Roland Barthes. Ces mots m’évoquent l’échange riche et furtif qu’engendrent des regards croisés, celui d’un être humain, perçu dans son environnement, celui d’un photographe qui en fixe l’instant, mais aussi, celui de l’observateur qui, extérieur et inconnu, viendra à leur rencontre.

J’ai donc souhaité placer la figure humaine au cœur de cette 4e édition de Photoquai, comme un fil conducteur plutôt qu’une thématique. J’ai demandé à 8 commissaires originaires d’Asie, d’Amérique latine, d’Australie ou d’Afrique en s’appuyant sur leur connaissance de ces régions de débusquer des photographes inconnus en Europe. Ils ont  retenu près de 200 artistes dont 40 reportages ont été sélectionnés. Chacun d’entre eux est un écho du monde, le reflet de vies traversées, captées comme autant d’instants partageables à l’envi. Tous expriment  une même attente, globale et personnelle, lancée comme un appel : « Regarde- moi ! », révélant une  diversité de points de vue sur ceux et par ceux qui se trouvent ailleurs, une mise en regard de réalités dépourvues d’exotisme et de préjugés, sans classification ethnographique.

Aujourd’hui, les frontières entre vie personnelle et vie publique s’érodent, comme fondent les distances entre les hommes. L’image numérique que favorisent et véhiculent les nouveaux médias – notamment les réseaux sociaux – s’échange et se partage en temps réel, à une vitesse fulgurante. Mais, si ce don d’ubiquité la rend omniprésente et souvent anecdotique, elle demeure une représentation narrative de vies, de contextes, d’environnements, qu’il nous est aujourd’hui plus facile d’appréhender, renforçant ainsi une communication planétaire et immédiate. Alors, traduire cette réalité contemporaine au fil d’une promenade, parmi des murs d’images, le long de la Seine, adossée au musée et au jardin du quai Branly, c’est poser les yeux sur une multitude d’identités. C’est demander au visiteur – promeneur, curieux  ou amateur – de s’arrêter, d’observer. De lire la planète à travers ceux qui s’y laissent regarder. Et c’est peut-être aussi s’ouvrir à une conscience commune au photographe qui capte une image et à celui qui offre la sienne à l’inconnu. Cette vision multiple détient la force d’une conversation où empathie et esthétique sont sources de compréhension.
Des femmes saoudiennes masquant à Londres leur visage ou des offices catholiques philippins conduits dans des centres commerciaux… relatent autant d’histoires, étrangères les unes aux autres. Pourtant, chacune met en lumière des personnes dans leur milieu immédiat portant en elles leurs attentes, leurs paradoxes, leur douleur ou leur sagesse. Sans geste, sans frontière tangible, ces images participent d’une géographie humaine, en offrant à l’autre l’intimité de leur quotidien dans une narration qui montre plus qu’elle ne démontre, et qui dit sans pour autant revendiquer.

La photographie suspend la course des nuages. Métaphore du temps, elle en offre une pause.  D’un simple détail – un papier jeté au sol, un chien errant – elle peut transformer un témoignage en symbole. D’un portrait, d’une silhouette, elle révélera un univers, campera une société, où l’homme est la mesure du monde et la figure humaine l’échelle universelle. Tel est le sens de cette édition que chacun peut lire, intérioriser ou partager.

Je ne suis pas un théoricien mais plutôt un homme-orchestre avide d’échanges. Pour m’affranchir des frontières, aux sens propre et figuré, je démultiplie ma pratique spontanée, mondialisée et mondialiste de l’image – à travers les revues  documentaires que j’ai fondées – Ojodepez à Madrid, The word according to à Berlin, Punctum à New Delhi – ou les festivals dont j’ai assumé la direction artistique.  La photographie est pour moi une plateforme de dialogue qui appelle un engagement constant vers l’autre, n’ayant d’autre but qu’une célébration de la vie.

Frank Kalero, 2013