Frank Kalero, directeur artistique de PHQ5

Biographie

Licencié en communication des médias à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, diplômé en photographie documentaire à l’International Center of Photography (ICP) de New York, Frank Kalero vit à Sao Paulo. Il a été résident à la Fabrica de Benetton (Italie), et a fondé et dirigé le magazine OjodePez (Espagne). A Berlin, il a cofondé la galerie d’art Invaliden1 et a créé en 2009 le magazine « The World according to » (« Le monde selon… »).

Frank Kalero est le directeur du magazine Punctum, basé en Inde, spécialisé dans la photographie pan-asiatique dont il développe actuellement une version latino-américaine avec Estudio Madalena (Sao Paulo) ; il dirige également le nouveau rendez-vous incontournable pour les amoureux et les professionnels de la photographie documentaire de Barcelone : OjodePez Photo Meeting. Ces trois dernières années, Frank Kalero a été le directeur artistique du festival photo GetxoPhoto.com (Bilbao, Espagne). Il participe également à l’équipe de développement d’une plateforme en ligne pour les nouveaux médias, Screen et est membre du jury du WYNG Photo Award (Hong Kong). À noter enfin qu’il est membre de l’équipe qui travaille au lancement d’un nouveau festival photographique en Inde, GoaPhoto.

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We are family

« J’ai été honoré d’apprendre que le musée du quai Branly avait décidé de me confier à nouveau la direction artistique de Photoquai. C’est une première dans la jeune histoire de la biennale, et je suis très heureux d’avoir été reconduit sur cette cinquième édition. Pour un directeur artistique, l’opportunité d’attirer l’attention de 500 000 personnes est rare. Et voir, entre la Seine et la Tour Eiffel, tous ces gens qui déambulent à travers le parcours, sans aucune idée préconçue, se découvrir un appétit pour la photographie, me procure un immense plaisir.

Après « Regarde-moi ! » en 2013, nous avons, l’équipe du musée et moi-même, retenu le thème « We Are Family ». Il ne faut pas comprendre ce thème d’un point de vue génétique, comme « fonder une famille », mais plutôt au sens de « faire famille », constituer une famille autour de quelque chose qui fait sens : la religion orthodoxe, pour les pèlerins russes qu’a accompagnés Nikita Shokhov ; le look pour les Cholombianos rencontrés par Stefan Ruiz à Monterrey, au Mexique ; la fierté des samouraïs photographiés par Noriko Takasugi à Fukushima, quelques mois après le séisme. Faire famille, c’est aussi choisir de quitter celle dont on est issu et à laquelle on ne s’identifie pas, comme les travestis d’Acapulco photographiés par Luis Arturo Aguirre. C’est une attitude plus qu’un dogme. C’est, à travers l’appartenance à un groupe, un moyen de sublimer son existence. En cela, Photoquai s’inscrit dans l’esprit de « The Family of Man », l’exposition organisée par Edward Steichen en 1955 au MoMA de New York, qui entendait présenter « une photographie de l’humanité ».

Mais pour arriver à proposer un tel aperçu des images du monde, l’ambition seule ne suffit pas. Parce que, passées les frontières de l’Europe et des États-Unis, la photographie est une pratique beaucoup moins répandue, voire réglementée ou contrainte dans certains pays d’Afrique et d’Asie. En outre, il s’agit d’arriver, à partir d’une première sélection de 200 photographes, à un choix de 40. D’où le rôle primordial des commissaires. Si Liza Faktor et Claudi Carreras – parmi les meilleurs experts pour la Russie et l’Amérique latine – m’ont de nouveau suivi dans cette deuxième aventure, les autres – Louise Clements, Michket Krifa, Kevin Wy Lee et Azu Nwagbogu – ont introduit une nouvelle façon de dialoguer. Quant aux photographes, ils ne sont retenus ni en fonction de leur âge, ni de leur sexe, ni de leur technique, ni de leur renommée. Ils sont exposés dans Photoquai parce que leurs images parlent. Parce qu’elles engagent une conversation avec le public.

Enfin, bien sûr, il y a l’espace des quais de Seine, cette dimension inhérente à Photoquai, qui permet de s’évader du carcan de l’accrochage traditionnel : une photo dans un cadre sur un mur blanc. Dans une galerie ou un musée, le cadre, d’emblée, sépare l’œuvre du spectateur. Et si celui-ci s’approche trop, bip-bip-bip-bip, ça sonne ! À Photoquai, les photos sont imprimées en grand format sur du vinyle, et accessibles à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, favorisant une certaine proximité avec le public.

Pour moi, l’essence de la photo, ce qui fait toute sa magie, c’est sa capacité à être dupliquée, reproduite autant de fois qu’on le souhaite, pour être partagée. C’est parce que j’apprécie ce côté démocratique que j’organise des festivals de photo dans la rue à Bilbao ou à Goa. Ma seule ambition, c’est de proposer une façon différente de promouvoir la photographie, que j’ai toujours considérée comme un moyen d’aborder la politique, la sociologie ou la culture. À tous ces artistes et photojournalistes qui, dans leur pays, ne disposent ni de structure ni de réseau, Photoquai donne la possibilité de s’ouvrir au monde. Pour moi, c’est la partie du travail la plus gratifiante : offrir une vitrine à tous ces talents. »

Frank Kalero, 2015