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Photo Boujmal (1)

Pays
Tunisia
Photopraphe
Nicène Kossentini
Nom de la photo
Boujmal (1)

Photo actuelle :

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Photo qui représente Boujmal (1)

© Nicène Kossentini © musée du quai Branly, Photoquai 2011

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Nicène Kossentini

Née en 1976 à Sfax en Tunisie, la photographe et vidéaste, Nicène Kossentini, vit et travaille à Tunis. Diplômée de l'Institut Supérieur des beaux-arts de Tunis et de l'Université Marc Bloch de Strasbourg, elle a suivi des formations dispensées par Le Fresnoy, à Tourcoing, et par Les Gobelins, à Paris. Elle a participé à de nombreuses expositions en Tunisie, en Afrique du Sud, Au Mali, en France, en Suisse et en Norvège.

En inscrivant sa culture et ses origines au cœur de son travail, Nicène Kossentini entend traiter les appréhensions de la société tunisienne qui tend à se figer, se niveler et se perdre. Elle interroge aussi sa propre histoire en évoquant les paysages de son enfance comme cet étang – Boujmal – qui est situé à quelques kilomètres de Sfax, sa ville natale. Ce point d’eau asséché se double, ici, dans chaque image, d’un portrait de femme, représentant ses mère, grand-mère et arrière grand-mère. A partir de ces clichés issus de l’album familial, la photographe redessine le paysage de son enfance, son passé avec ses premières solitudes et ses souvenirs. Elle évoque aussi ces « lieux habités », ces jardins secrets, ces lieux intérieurs que chacun porte en soi. Cette conception métaphorique de l’espace – d’un espace mental fictif ou vécu – invite le spectateur à plonger dans un monde flottant, entre présence et absence, entre oubli et résurgence. De là, le sentiment d’un temps suspendu, où passé et présent se confondent.
Cette dynamique introspective qui se traduit en image par la répétition d’un même motif – l’étang – à des intervalles de temps différents – trois générations – témoigne aussi de la fascination de la photographe pour deux célèbres compositeurs de l’école répétitive, Terry Riley et Phillip Glass. En explorant cette dimension séquentielle, Nicène Kossentini manifeste de manière récurrente son obsession : réunir les fragments de son histoire et mettre au jour le flux tendu de ses souvenirs. Or, ce flux se prolonge visuellement par une phrase, sans début ni fin, sans ponctuation ni sens, court le long des images. Indéchiffrable, incompréhensible, cette écriture évoque les liens perdus avec le passé, les strates enfouies et les vérités cachées ou refoulées.
Au-delà même de son histoire personnelle, la jeune femme mène un combat contre l’oubli. Cette démarche civique et artistique, ce devoir de mémoire, qu’elle partage avec d’autres artistes arabes est à mettre en relation, selon la sociologue Jocelyne Dakhlia, avec l’hégémonie des Etats arabes, avec leur déficience patrimoniale et leur démission à l’égard des politiques muséales. Aujourd’hui, à l’aune du Printemps arabe, ces artistes, qui jusqu’à présent se sont tournés vers leur passé, ne vont-ils pas désormais favoriser un présent devenu Histoire ?

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