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Photo Ibasyo (1)

Pays
Japan
Photopraphe
Kosuke Okahara
Nom de la photo
Ibasyo (1)

Photo actuelle :

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Photo qui représente Ibasyo (1)

© Kosuke Okahara © musée du quai Branly, Photoquai 2011

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Kosuke Okahara

Kosuke Okahara est né en 1980. Après une formation d’enseignant à Tokyo, il devient photographe et rejoint en 2007 l’agence Vu, à Paris. Indépendant depuis avril 2010, il vit et travaille à Tokyo. Ses reportages sont parus dans Aera Magazine, Foto8, The Wall Street Journal, Courrier international, Russian Reporter, l’édition japonaise de Newsweek... Lauréat de nombreux prix, Kosuke Okahara a exposé dans le monde entier.

« En 2004, je me suis aperçu qu’à force de voyager je ne connaissais pas vraiment mon pays. Qu’est-ce qu’être japonais ? Difficile de le savoir, dans une société hyper codifiée et qui cultive une apparence parfaitement lisse.
Un jour, je rencontre une étudiante de l’institut dont j’étais naguère sorti diplômé. Nous devenons amis et, bientôt, elle me révèle qu’elle s’automutile depuis des années. La raison ? Elle n’arrive pas à trouver l’ibasyo. Dans l’archipel, l’ibasyo désigne un état que je traduirais comme “l’existence physique et émotionnelle”, la “paix intérieure”. Le fait de ne pas l’atteindre procure un sentiment de mal-être, étouffé par notre “culture de la honte”. Au Japon, pas question de se plaindre. On tait sa souffrance. Moi compris : j’ai vécu, enfant, au sein d’une famille où la violence était quotidienne. Je me suis muré dans le silence et, pour tout dire, je me suis moi aussi automutilé.
Le projet de traiter ce sujet en photo se dessine. J’entre en contact avec des internautes qui postent des photos des blessures qu’ils s’infligent. Une vingtaine de personnes me répondent, enthousiastes, dont la plupart vivent encore chez leurs parents, qui s’opposent à ce que je les photographie. Certains ne savent même pas que leur enfant se scarifie ! Finalement, six jeunes filles à peine sorties de l’adolescence m’ouvriront les portes de leur vie, de leur lutte, de leur douleur. Certaines n’accepteront de se livrer qu’au bout d’un an.
J’ai passé quatre ans auprès d’elles. Des moments d’angoisse, mais aussi de fugaces impressions d’ibasyo, qu’il m’a semblé déceler lorsque je les photographiais ou qu’elles prenaient elles-mêmes des photos. Toutes m’ont dit que mes images les faisaient réfléchir... Mon vœu le plus cher est qu’elles puissent voir leur propre vie à travers mes yeux et, au bout du compte, arriver à apprécier l’importance de leur existence. »


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