Le bruit du monde

Photoquai 2011 est un voyage à l’écoute du bruit du monde, nourri du regard des photographes sur l’état de leur société et sur l’état de cultures autres que la leur. Ils sont pour nous des veilleurs, des gardiens, nous empêchant de nous endormir.
Pour cette troisième biennale de Photoquai, il était important pour moi que la recherche des œuvres se fasse en étroite collaboration avec des commissaires qui se rendent sur place pour donner à voir, d’une part, des artistes émergents, de l’autre, des artistes n’ayant pas l’opportunité d’être diffusés. Il y avait bien sûr les possibilités de découverte offertes par Internet, mais rien ne vaut une recherche approfondie dans différents pays pour en sonder le subconscient. La rencontre des photographes chez eux, dans leur contexte, permet de dépasser ce confort intellectuel d’Occidental qui nous empêche trop souvent d’aller regarder ailleurs. Cette curiosité active nous fait mieux comprendre l’inspiration de l’artiste, les conditions de réalisation de son œuvre et sa position par rapport aux problématiques de son environnement. Cette recherche au contact direct avec les artistes nous permet aussi de connaître leurs conditions de travail et celles de la diffusion de leur œuvre, quelle que soit la technique employée. En effet, bien que certains restent attachés à l’argentique, l’arrivée du numérique n’a en rien tari l’envie de s’exprimer, au contraire. Cette dualité touche de près tous les photographes, et je me suis refusé à prendre parti dans ce débat pour me concentrer sur la seule créativité et son résultat.
Une des idées fortes de cette troisième biennale est l’insistance sur des régions du monde peu prospectées et peu vues : Cuba, Asie du Sud-Est, Afrique de l’Est… Malgré la censure, l’autocensure ou le manque de moyens, j’ai été moi-même étonnée en allant à la rencontre d’artistes de tous les pays représentés de découvrir tant de vitalité, d’inventivité et de profusion photographique.
Pour faire rupture avec les deux premières biennales et créer du lien avec le musée du quai Branly, la troisième édition de Photoquai investit les jardins, proposant un parcours initiatique plus intime où la multiplicité des regards invite à la découverte de l’autre comme un autre soi-même. Sur les quais nous avons réduit le nombre d’artistes exposés, de façon à donner à leur œuvre plus de visibilité grâce à un système d’accrochage en modules rappelant les pages d’un grand livre d’images. Comme l’ont espéré ses fondateurs, Photoquai 2011 se fait l’écho de la créativité, non pas de la « sono mondiale », mais de la « photo mondiale ».
Françoise Huguier, Directrice artistique de Photoquai 2011