Photoquai

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Thèmes de la sélection

Les grands thèmes de la sélection, par Anahita Ghabaian Etehadieh

« La sélection de Photoquai 2009 se veut poétique mais n’a pu éviter les grands sujets d’actualité. Trois principaux thèmes en sont sortis : l’environnement, la guerre et la violence, l’identité. En tant que directrice artistique de cette biennale et iranienne, ma plus grande ambition est de proposer un regard nouveau sur l’Autre, sans a priori, loin des clichés, de participer à créer les conditions d’un véritable dialogue. La découverte reste comme pour la première édition l’un des critères de sélection des photographes. Les neuf commissaires du comité de programmation et leurs commissaires associés ont sélectionné, dans 32 pays du monde, des images inédites de photographes parfois totalement inconnus en France. La qualité des images a primé sur l’exhaustivité de la liste des pays. »

Voici une première visite guidée à travers les œuvres de quelques uns des photographes exposés sur les quais. La totalité des œuvres, rattachées ou non à une des thématiques abordées, est à découvrir du 22 septembre au 22 novembre 2009.

Politique, d’abord…

« Les images du chinois Lu Guang traitent de l’une des plus grandes préoccupations de l’humanité, l’environnement. Elles rendent compte du revers d’une société en pleine croissance.
Dans le même registre, les portraits frontaux, simples et dépouillés des rescapés du tsunami pris par le photographe indonésien Mohamad Iqbal posent le problème de l’environnement de manière encore plus directe.

Chung ChuHa, photographe coréen, nous montre l’apparente insouciance d’un village situé à proximité d’une centrale nucléaire.

J’ai mis ses photos en regard de la série d’images de l’Antarctique de Joyce Campbell, qui rappelle l’existence et la beauté de cette richesse menacée de disparition.

De l’autre côté, l’entrée dans l’exposition se fera par les photos kitsch mais fortes de la mexicaine Daniela Edburg. Elle utilise pour cela une imagerie de type série Z, en décalage avec les couleurs acidulées de l’univers publicitaire. Ces images posent un regard critique sur les sociétés occidentales : « l’aliénation par la consommation effrénée ». Par extrapolation, elles font aussi, à l’autre bout du parcours, référence à la menace que cette consommation représente pour la terre. »

« Autres sujets omniprésents dans cette sélection 2009, la guerre et la violence. J’ai choisi de leur ménager une place particulière, mais sans tomber dans l’horreur des images qui circulent déjà en Occident.

L’iranienne Gohar Dashti nous montre avec humour les scènes ordinaires de la vie d’un couple pendant la guerre. La libanaise Rima Marun et l’israélien Tamir Sher parlent chacun à leur manière et par métaphores d’horizons bouchés, de faces cachées, de destins brisés.

De mon point de vue, il n’y a pas dans une guerre des agresseurs et des agressés. Dans cet acte de violence par excellence il n’y a que des victimes sacrifiées sur l’autel du pouvoir et du profit.

Jan Becket, né et résidant à Hawaï, pratique une photographie « politique ». Dès le début de la deuxième guerre mondiale, et suite à l’attaque japonaise de Pearl Harbor, tous les habitants de Màkua Valley sont expulsés par l’armée américaine qui promet de rendre le site dès la fin de la guerre. Non seulement ce lieu n’a jamais été restitué mais l’armée américaine a, de façon systématique, détruit les sites sacrés, les espèces et a aussi définitivement contaminé les sols tout en procédant à l’éviction des Hawaïens.

Pour Saïd Atabekov, photographe kazakh, la guerre, qu’elle soit menée sous le régime communiste ou au nom d’une religion a les mêmes effets. Elle est sournoise et pénètre dans tous les recoins de la vie jusqu’à ce qu’elle en fasse partie.

Ilan Godfrey est sud-africain. Personnellement touché par un crime, Godfrey inscrit ses images dans la tradition du reportage. Il établit des relations tout à fait privilégiées avec ceux qu’il photographie : chaque fois, l’histoire d’un crime les réunit.

« Oté l’ancien » est le titre de la série du photographe réunionnais Raymond Barthes qui trace les portraits des anciens combattants ayant fait la guerre en Algérie ou en Indochine.

La sélection de l’Argentine évoque également la violence en faisant référence aux années de dictature. Les imposants bâtiments conçus pendant ces années comme des symboles de pouvoir se caractérisent par une grande taille et de minuscules ouvertures. Santiago Porter photographiant leurs façades met l’accent sur la décrépitude de ces lieux historiques, et l’effondrement de ce symbole.

Je conclus ce chapitre sur un sujet et des photographies qui me tiennent à cœur, celles de l’arménien Karen Mirzoyan. A toute vitesse, il suit une route entre l’Arménie et la Turquie. À travers ses photographies, il évoque la terrible histoire de son pays. Ici pas de violence dans les images, pas de clichés, juste une vitesse mécanique qui induit formellement le danger, la persécution, l’exil, la folie de la guerre… Mais en contraste avec cette violence, ses petits personnages et ses scènes de la vie quotidienne me donnent l’impression d’un rêve. Celui de la réconciliation des deux peuples. »

« J’ai été sensible également à la question de l’identité, qui se pose de façon récurrente, et encore plus fortement chez certaines photographes femmes de la sélection. Le nouveau conflit des religions en est l’une des raisons. La modernisation des sociétés, les migrations et les exils, la mainmise étrangère sur un territoire incitent au questionnement sur l’identité.

La tunisienne Mouna Karray et la sud-africaine Nomusa Makhubu s’interrogent inlassablement et à l’aide d’images à répétition formelle. Elles inventent, testent, questionnent différentes catégories de l’identité : la ressemblance, et la mémoire.

Nermine Hammam est égyptienne, avec toutes les spécificités propres à une cumulation d’identités : elle est aussi du Moyen Orient, arabe, africaine et méditerranéenne. Son travail digital accumule plusieurs couches d’images pour raconter plusieurs histoires à la fois. Ces histoires parlent de trois tabous caractéristiques des sociétés conservatrices orientales : la religion, l’érotisme et la politique.

D’origine iroquoise/Onodaga, Jeff Thomas implante sa collection de jouets dans l’espace urbain : chemins de fer, ponts, bâtiments publics. S’inscrivant dans une démarche anthropologique, Thomas réintroduit, via le medium photographique, la présence aborigène dans des lieux dont les traces et les signes ne sont plus de l’ordre du visible. Ses figurines investies de pouvoir comme « Le Messager » ou « le Chef de Paix » sont la revendication implicite d’une identité culturelle.

Issu de Colombie-Britannique, Arthur Renwick travaille essentiellement autour de sujets engagés et spirituels. Dans la série Masks, il établit une relation privilégiée entre son appareil photo et ses modèles, des personnalités des communautés Premières Nations.

Adrian Stimson, Blackfoot, est membre de la communauté Siksika. Le travail de cet artiste mixed-media – dont le Centre culturel canadien présentera d’autres œuvres -développe des séquences en noir et blanc sur l’histoire de son « alter ego » Buffalo Boy. Devant l’objectif, dans une danse frénétique proche de la transe chamanique, Stimson joue à l’Indien avec sa fameuse peau de bison mais joue aussi au cow-boy avec son Stetson. Ces deux identités se rencontrent dans la figure du travesti, avec ses bas résilles. »

Social et politique.

« J’accorde une place spéciale à la photographe iranienne Katayoun Karami. Ses photographies nous parlent subtilement de son statut de femme en Iran. Elle évoque ses contraintes dans ces termes : “Ces années sont loin où les berceuses caressaient mes cheveux et la brise d’été s’y nichait… Et soudain tout devint noir… Et maintenant la seule brillance est le reflet de mes propres cheveux gris…”

Au milieu de la promenade, j’ai choisi de placer l’excellente série du brésilien Julio Bittencourt. La série a une forte teneur sociale et politique. Elle nous parle des fenêtres de cet immeuble comme des interfaces translucides entre l’intérieur et l’extérieur : elles évoquent pour lui en même temps l’isolation et la communication. Le bâtiment photographié était l’un des plus modernes de l’Amérique Latine.

Détérioré et vieilli, il est à présent squatté par plus de 460 familles. Bittencourt explore ainsi la vie quotidienne d’une société temporaire. Pour ne pas faire intrusion, il fait affleurer la vie intérieure à la fenêtre et crée une série d’images sur le comportement social.

L’iranien Abbas kowsari a photographié un lac dans le nord de l’Iran où se rendent les familles pour leurs loisirs. Hormis l’intérêt esthétique de ces images, la série invite subtilement le spectateur à constater des hommes et des femmes habillés de façon très différente.

Atul Loke, photographe d’Inde, raconte dans un style documentaire les conditions de vie – plutôt précaires -dans un chawl, une maison collective où vivent plusieurs familles. Mais loin d’être critique, il parle avec nostalgie de ce temps révolu où tout le monde vivait en bon voisinage. »

Poésie, ensuite :

« Elle est dans les images d’A Yin, dont chaque portrait est une œuvre d’art. La poésie s’y exprime tantôt à l’intérieur des yourtes, tantôt dans les steppes enneigées de sa Mongolie natale et tantôt dans le désert, à perte de vue.

Poésie aussi dans les portraits nocturnes de Brook Andrew. Nous trompe-t-il en commençant avec ses oiseaux empaillés ? L’humain émerge de l’obscurité, en de saisissants portraits.

En troisième exemple, je distinguerais enfin la série « L’arbre de la maison », du marocain Khalil Nemmaoui. La poésie, ici, se dégage de cette familiarité entre la maison construite par l’homme et la nature qui l’accompagne. Les photographies définissent des paysages intimes, touchants comme un retour au pays ».